Le Portugal mise sur les renouvelables sans abandonner le gaz

Par Armand Rosam |

Le Portugal poursuit sa transition énergétique. Le pays développe rapidement le solaire photovoltaïque, l’éolien et l’hydroélectricité. Pourtant, les centrales à gaz devraient rester nécessaires plus longtemps que prévu.

Le Portugal mise sur les renouvelables sans abandonner le gaz

Le Portugal poursuit sa transition énergétique. Le pays développe rapidement le solaire photovoltaïque, l’éolien et l’hydroélectricité. Pourtant, les centrales à gaz devraient rester nécessaires plus longtemps que prévu.

Selon GlobalData, ces installations conserveront un rôle important pour sécuriser le réseau électrique. Elles pourront notamment intervenir lorsque la production solaire ou éolienne baisse. Elles pourront aussi compenser les déficits hydrologiques.

Une demande électrique en hausse

La demande d’électricité portugaise devrait progresser dans les prochaines années. Elle passerait ainsi de 53 TWh en 2025 à environ 57,3 TWh en 2030.

Dans le même temps, le pays augmente fortement ses capacités renouvelables. Le solaire photovoltaïque, l’éolien et l’hydroélectricité concentrent les investissements.

Cette croissance crée toutefois de nouvelles contraintes pour le réseau. La production renouvelable reste en effet variable. Le système doit donc disposer de capacités flexibles pour équilibrer l’offre et la demande.

Près de 30 GVA en attente de raccordement

La pression s’accentue sur le réseau de transport. À la mi-2025, près de 30 GVA de projets de production attendaient leur raccordement.

Par ailleurs, 9 GVA avaient déjà obtenu un accès au réseau. Ces capacités n’étaient toutefois pas encore en service.

Les difficultés sont particulièrement visibles dans les régions où le solaire progresse rapidement. C’est notamment le cas de l’Algarve. La région doit aussi absorber des pics de consommation liés au tourisme estival.

Le réseau doit donc s’adapter à de nouveaux profils de production et de consommation. Or, les procédures de raccordement restent longues et complexes.

Le stockage devient un point sensible

Le développement des renouvelables renforce ainsi l’intérêt du stockage. Les batteries peuvent absorber les surplus de production. Elles peuvent ensuite restituer cette énergie lorsque la demande augmente ou que la production renouvelable diminue.

GlobalData souligne toutefois plusieurs freins. Les revenus des projets de stockage restent incertains. Les opérateurs doivent également composer avec des délais d’autorisation et de raccordement.

Les projets hybrides gagnent donc du terrain. Ils associent plusieurs technologies sur une même infrastructure.

Le projet Cavaleira, à Estremoz, en constitue un exemple. Il combine déjà une centrale solaire et des batteries. Le projet prévoit également l’ajout d’éolien. L’ensemble partage une même connexion au réseau.

Le gaz conserve un rôle de sécurité

Malgré la progression des renouvelables, les centrales à gaz devraient donc rester utiles. Leur taux d’utilisation devrait cependant diminuer.

Elles pourront surtout intervenir lors des périodes de faible vent et de faible production solaire. Elles pourront également sécuriser le réseau lorsque la production hydroélectrique baisse.

« Le Portugal pousse fortement les renouvelables dans ses meilleures zones solaires et éoliennes. Mais sans investissements importants dans le stockage, les interconnexions et les capacités flexibles, cette croissance pourrait avoir un impact sur la sécurité d’approvisionnement », estime Attaurrahman Ojindaram Saibasan, analyste chez GlobalData.

Cette situation montre une évolution importante du système électrique. Le Portugal ne doit pas seulement augmenter ses capacités renouvelables. Il doit aussi renforcer les moyens capables de compenser leur intermittence.

Un réseau à moderniser

Le Portugal cherche parallèlement à renforcer ses échanges avec ses voisins. Un nouvel interconnecteur de 1 GW entre le nord du Portugal et la Galice, en Espagne, a été mis en service en juillet 2026.

Cette infrastructure augmente les capacités de transfert d’électricité entre les deux pays. Elle contribue également à l’objectif portugais d’atteindre un taux d’interconnexion de 15 % d’ici à 2030.

À l’échelle européenne, le European Grids Package adopté en décembre 2025 doit également faciliter le développement des réseaux. Il vise notamment à réduire les délais d’autorisation et à rendre les procédures de raccordement plus transparentes.

Plus de 70 % d’électricité renouvelable en 2035 ?

Pour accompagner sa transition, le Portugal devra poursuivre la modernisation de ses réseaux. Il devra aussi simplifier les procédures de raccordement.

GlobalData recommande également de développer les mécanismes de rémunération de capacité. Le stockage et l’hydroélectricité devront eux aussi bénéficier d’investissements supplémentaires.

La modernisation des installations hydroélectriques et des stations de pompage-turbinage constitue notamment une piste importante.

Selon GlobalData, ces mesures pourraient permettre au Portugal de produire plus de 70 % de son électricité à partir de sources renouvelables en 2035.

Le gaz ne disparaîtrait donc pas totalement. Il jouerait plutôt un rôle de secours lors des périodes de forte tension sur le réseau.

Le défi portugais consiste désormais à trouver le bon équilibre entre renouvelables, stockage, interconnexions et capacités pilotables. Cette combinaison sera déterminante pour réussir la transition énergétique sans fragiliser la sécurité électrique.