Data centers : priorité aux experts

Par Armand Rosam |

Le développement des data centers et de l’intelligence artificielle transforme les besoins en compétences. En France, cette dynamique ne se traduit toutefois pas par des recrutements massifs. Le marché cible surtout des profils spécialisés dans le développement, le management et la maintenance.

Data centers : priorité aux experts

Le développement des data centers et de l’intelligence artificielle transforme les besoins en compétences. En France, cette dynamique ne se traduit toutefois pas par des recrutements massifs. Le marché cible surtout des profils spécialisés dans le développement, le management et la maintenance.

Les offres d’emploi progressent en Europe

Les infrastructures numériques deviennent un moteur de l’emploi technologique en Europe. Selon une étude du Hiring Lab d’Indeed, l’intérêt pour les métiers liés aux data centers dépasse désormais son niveau de 2019 dans les dix pays européens étudiés.

La progression est particulièrement marquée en Espagne et en Italie. Les offres liées aux data centers atteignent respectivement 2,6 et 2,4 fois leur niveau de 2019.

L’Irlande se distingue également. Les offres du secteur représentent près de 5 % de l’ensemble des offres d’emploi du pays.

La France suit une trajectoire différente. La progression y reste plus modérée. Pourtant, l’Île-de-France conserve une place importante dans le paysage européen.

L’Île-de-France reste un hub majeur

L’Île-de-France concentre 8,8 % des offres d’emploi européennes liées aux data centers étudiées par Indeed. Elle se place ainsi devant Londres, qui représente 8,3 %.

Cependant, le marché français reste très spécialisé. Les recherches directes des candidats concernant les data centers représentent moins d’une recherche d’emploi sur 1 000.

Cette faible proportion traduit un marché encore concentré sur des compétences spécifiques. Elle distingue notamment la France de certains autres marchés européens.

Des profils techniques et d’encadrement recherchés

En France, les entreprises ne recrutent pas principalement des techniciens IT généralistes. Elles recherchent davantage des compétences liées à l’ingénierie et au pilotage des infrastructures.

Le développement logiciel représente ainsi 16 % des annonces étudiées. Le management arrive ensuite avec 13 %. L’installation et la maintenance représentent 11 %.

Cette répartition reflète les besoins liés à des infrastructures complexes. Les data centers nécessitent en effet des compétences techniques, mais aussi des capacités de gestion et de maintenance.

Le secteur doit notamment assurer la disponibilité des équipements et la continuité des services numériques.

Des salaires plus élevés pour attirer les spécialistes

La tension sur certains profils se retrouve également dans les rémunérations.

En France, les postes de direction dans les data centers bénéficient d’une rémunération supérieure de 25 % à celle observée pour les mêmes métiers en dehors du secteur.

La prime atteint 24 % pour la gestion de projet. Elle s’élève également à 16 % pour les fonctions de maintenance.

Ces écarts témoignent des besoins spécifiques des exploitants et des opérateurs d’infrastructures numériques.

L’énergie, un enjeu territorial

Le développement des data centers pose aussi la question de leur implantation. L’Île-de-France concentre déjà une part importante des infrastructures numériques. Toutefois, le foncier disponible se raréfie.

Dans le même temps, les capacités du réseau électrique constituent un facteur déterminant pour les nouveaux projets.

Les futurs investissements pourraient donc davantage se tourner vers les territoires disposant de foncier et d’un accès à une électricité décarbonée et compétitive.

Cette évolution pourrait modifier la géographie de l’emploi lié aux data centers.

De nouveaux besoins dans les territoires

La décentralisation des infrastructures numériques pourrait ainsi favoriser l’émergence de nouveaux bassins d’emploi.

Les besoins concerneraient notamment la maintenance, l’ingénierie et la gestion des infrastructures. Ils pourraient donc profiter à des territoires situés en dehors des grandes métropoles.

Pour Lisa Feist, économiste au Hiring Lab d’Indeed, les investissements dans l’intelligence artificielle ne se traduisent pas nécessairement par des recrutements massifs. En France, ils s’accompagnent surtout d’une demande de compétences spécialisées dans « l’ingénierie, la gestion et la maintenance ».

La montée en puissance des data centers pose ainsi une double question. Il faut disposer des infrastructures nécessaires à l’essor de l’IA. Il faut aussi pouvoir mobiliser les compétences capables de les construire, les exploiter et les maintenir.