Dépollution de l’eau potable : l’IGEDD mise sur la prévention

Par Armand Rosam |

Les traitements de dépollution ne suffiront plus à garantir une eau potable de qualité. Dans un rapport publié en mai 2026, l'IGEDD, l'IGAS et le CGAAER appellent à changer de stratégie. Ils recommandent de mieux protéger les ressources en eau, tout en ciblant les investissements sur les secteurs les plus exposés.

Dépollution de l’eau potable : l’IGEDD mise sur la prévention

Les traitements de dépollution ne suffiront plus à garantir une eau potable de qualité. Dans un rapport publié en mai 2026, l’IGEDD, l’IGAS et le CGAAER appellent à changer de stratégie. Ils recommandent de mieux protéger les ressources en eau, tout en ciblant les investissements sur les secteurs les plus exposés.

Les pollutions progressent

En 2024, plus de 29 % des Français ont reçu une eau contenant des pesticides ou des PFAS à des niveaux supérieurs aux limites européennes. Les restrictions de consommation restent rares. En revanche, les auteurs anticipent une hausse des non-conformités. En cause : la persistance des pollutions historiques et l’élargissement des substances désormais surveillées.

Le rapport rappelle également que la plupart des dépassements proviennent de molécules aujourd’hui interdites. Les traitements restent donc indispensables. Toutefois, ils ne régleront pas durablement le problème sans une réduction des pollutions à la source.

Changer de méthode

Les inspecteurs refusent d’opposer prévention et traitement curatif. Selon eux, les deux approches doivent avancer ensemble. Ils fixent toutefois un ordre de priorité. D’abord, préserver les ressources encore de bonne qualité. Ensuite, réduire les rejets agricoles, industriels et urbains. Enfin, déployer des solutions curatives lorsque la pollution l’impose réellement.

Le rapport recommande ainsi de protéger les captages, de développer les interconnexions et de construire des unités de traitement uniquement lorsque ces solutions deviennent incontournables.

Les collectivités en première ligne

Cette évolution concerne directement les exploitants de réseaux d’eau et les collectivités. Demain, les investissements ne porteront plus uniquement sur les usines de traitement. Ils devront aussi financer la protection des captages, la surveillance des polluants, les interconnexions entre réseaux et la mutualisation des services. Les auteurs encouragent également les maîtres d’ouvrage à raisonner à l’échelle des bassins versants afin d’optimiser les infrastructures et les coûts. Enfin, les agences de l’eau pourraient conditionner davantage leurs aides à ces projets structurants.

Un mur d’investissements

Le rapport met aussi en lumière les difficultés des services d’eau potable. Beaucoup de petites collectivités ne disposent pas des moyens suffisants pour investir. Les auteurs estiment les besoins de rattrapage des infrastructures à 4 milliards d’euros par an. À cela s’ajouteraient entre 1,3 et 5,7 milliards d’euros par an selon les scénarios de dépollution retenus.

Le prix de l’eau pourrait augmenter

Pour financer ces investissements, le rapport propose de renforcer le principe du pollueur-payeur. Il recommande notamment d’étendre la redevance PFAS, de renforcer la taxe GEMAPI et d’accroître la solidarité entre territoires. Malgré ces nouvelles recettes, une hausse du prix de l’eau semble inévitable. Selon les scénarios, elle pourrait varier de 3,5 % à 59 %. Les auteurs préconisent donc des dispositifs de solidarité pour limiter l’impact sur les usagers les plus fragiles.