Un data center sous-marin en Chine

Par Armand Rosam |

L'explosion des usages liés à l'intelligence artificielle place les data centers au cœur des enjeux énergétiques mondiaux. Face à l'augmentation rapide des besoins en calcul, la Chine explore une solution radicale : installer des centres de données directement sous la mer.

Un data center sous-marin en Chine

L’explosion des usages liés à l’intelligence artificielle place les data centers au cœur des enjeux énergétiques mondiaux. Face à l’augmentation rapide des besoins en calcul, la Chine explore une solution radicale : installer des centres de données directement sous la mer.

Au large de Shanghai, un projet pilote de data center sous-marin alimenté par des éoliennes offshore est désormais en exploitation. L’installation repose sur des modules étanches immergés à environ 35 mètres de profondeur, contenant près de 2 000 serveurs destinés notamment aux applications d’intelligence artificielle.

L’objectif est de réduire la consommation énergétique liée au refroidissement des équipements et rapprocher les infrastructures numériques des sources d’énergie renouvelable.

Le refroidissement, principal défi des centres de données

Les data centers modernes convertissent une grande partie de l’électricité consommée en chaleur. Avec l’essor des processeurs spécialisés pour l’IA, la densité énergétique des salles informatiques augmente fortement, rendant le refroidissement toujours plus coûteux.

L’immersion sous-marine permet d’utiliser la température naturellement stable de l’océan comme dissipateur thermique. L’eau de mer absorbe la chaleur produite par les serveurs sans nécessiter les systèmes de climatisation conventionnels particulièrement énergivores.

Selon les promoteurs du projet, cette approche permettrait d’atteindre un indicateur d’efficacité énergétique (PUE) inférieur à 1,15, contre environ 1,5 pour de nombreux centres de données terrestres traditionnels. Cette amélioration représente une réduction significative de l’énergie consacrée aux équipements de refroidissement.

Une infrastructure directement connectée aux énergies renouvelables

L’autre particularité du projet réside dans son alimentation électrique. Le centre de données est relié à des parcs éoliens offshore implantés à proximité. Cette configuration vise à alimenter directement les équipements numériques grâce à une production d’énergie renouvelable locale.

Cette logique d’intégration entre production électrique et infrastructures numériques pourrait préfigurer de nouvelles formes d’aménagement des territoires côtiers. Les zones maritimes deviennent alors à la fois des espaces de production énergétique et des supports d’infrastructures numériques stratégiques.

Pour les gestionnaires de réseaux et les aménageurs, cette évolution soulève de nouvelles questions relatives au raccordement électrique, à la gestion des câbles sous-marins, à la maintenance des installations et à leur intégration dans les schémas de développement énergétique régionaux.

Des défis techniques encore nombreux

Si le concept présente des avantages énergétiques indéniables, plusieurs obstacles restent à surmonter avant un déploiement à grande échelle.

La corrosion liée à l’environnement marin, l’étanchéité des modules sur plusieurs années, la fiabilité des connexions sous-marines et les opérations de maintenance constituent autant de défis techniques majeurs. Contrairement à un centre de données terrestre, l’accès aux équipements nécessite des interventions spécialisées et potentiellement coûteuses.

Les impacts environnementaux à long terme font également l’objet d’études, notamment concernant la dissipation de chaleur dans le milieu marin et les interactions avec les écosystèmes locaux.

Une piste pour demain ?

La multiplication des projets de data centers sous-marins illustre la recherche de solutions face à la croissance exponentielle des besoins de calcul. Alors que les infrastructures numériques deviennent des consommateurs majeurs d’électricité, l’optimisation énergétique apparaît comme un enjeu stratégique.

Pour les acteurs des réseaux, de l’énergie et de l’aménagement, ces expérimentations ouvrent de nouvelles perspectives. L’avenir des infrastructures numériques pourrait en partie se jouer en mer, à proximité des grands gisements d’énergies renouvelables offshore.

Sources

  • Article de Futura : « Face à la soif d’énergie de l’IA, la Chine mise sur des serveurs immergés en mer ».
  • China says ‘world’s first’ offshore wind-powered underwater data center has entered full operation (Tom’s Hardware).
  • China unveils ‘world’s first’ underwater data center (TechRadar).
  • La Chine vient d’immerger un centre de données à 30 mètres sous la mer alimenté par l’éolien offshore (L’EnerGeek).
  • Immerger des datacenters sous l’océan pour économiser de l’énergie : la Chine va le tester (Révolution Énergétique).