Pollution de l’eau par les pesticides : le SEDIF engage deux recours

Par Armand Rosam |

Le Syndicat des Eaux d'Île-de-France (SEDIF) intensifie son combat contre la pollution de l'eau par les pesticides. Le 18 juin 2026, son président, Richard Dell'Agnola, a engagé deux recours juridiques afin de faire appliquer le principe du pollueur-payeur aux producteurs de produits phytopharmaceutiques.

Pollution de l’eau par les pesticides : le SEDIF engage deux recours

Le Syndicat des Eaux d’Île-de-France (SEDIF) intensifie son combat contre la pollution de l’eau par les pesticides. Le 18 juin 2026, son président, Richard Dell’Agnola, a engagé deux recours juridiques afin de faire appliquer le principe du pollueur-payeur aux producteurs de produits phytopharmaceutiques.

Aujourd’hui, les collectivités, les services publics de l’eau et les agriculteurs financent seuls la dépollution de l’eau potable. Les fabricants de pesticides, qui commercialisent ces substances, ne participent pas à cet effort financier.

Le SEDIF veut rééquilibrer cette situation et faire contribuer l’ensemble des acteurs responsables de cette pollution.

La pollution de l’eau par les pesticides pèse lourdement sur les finances publiques

Chaque année, le SEDIF investit des sommes considérables pour éliminer les résidus de pesticides et les PFAS présents dans les ressources en eau. Certains de ces PFAS proviennent d’ailleurs de la dégradation de produits phytopharmaceutiques.

Les services de l’État estiment entre 500 millions et 1 milliard d’euros le coût annuel du traitement nécessaire pour rendre l’eau potable.

Les chiffres confirment l’ampleur du phénomène :

  • La France utilise plus de 68 000 tonnes de substances actives par an, ce qui en fait le premier consommateur de pesticides en volume dans l’Union européenne.
  • L’agriculture représente entre 90 et 95 % de ces usages.
  • Les pesticides concentrent près de 74 % des analyses de polluants réalisées sur les ressources en eau.

Malgré leur interdiction, certains pesticides continuent de contaminer les milieux aquatiques. Les analyses détectent encore du chlorothalonil, retiré du marché en 2020, ainsi que de l’atrazine, interdite depuis plus de vingt ans.

Le premier recours vise à élargir la responsabilité des producteurs

Le SEDIF a adressé un premier recours au Premier ministre. Il demande de modifier le Code de l’environnement afin d’étendre la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) aux pesticides destinés aux professionnels et au monde agricole.

Le syndicat estime que le dispositif actuel laisse de nombreuses failles. La filière REP ne couvre que les produits destinés aux particuliers. ADIVALOR collecte principalement les emballages et certains déchets agricoles, sans traiter les résidus présents dans l’eau. Enfin, la redevance pour pollutions diffuses repose uniquement sur les agriculteurs.

Selon le SEDIF, les fabricants de pesticides restent ainsi les seuls acteurs de la chaîne à échapper au financement de la dépollution.

Le SEDIF interpelle également la Commission européenne

Le second recours cible directement la Commission européenne.

Le SEDIF demande à Bruxelles de modifier la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines. Cette réglementation oblige déjà les fabricants de médicaments et de produits cosmétiques à financer au moins 80 % des coûts liés au traitement des micropolluants.

Le syndicat souhaite désormais intégrer les produits phytopharmaceutiques à cette liste. Si la Commission ne répond pas dans un délai de deux mois, le SEDIF envisage de saisir la Cour de justice de l’Union européenne.

Faire appliquer le principe pollueur-payeur

À travers ces deux procédures, le SEDIF poursuit un objectif unique : faire financer la dépollution de l’eau par ceux qui mettent les substances polluantes sur le marché.

Le syndicat rappelle que les producteurs de PFAS, de médicaments ou de cosmétiques assument déjà ce type de responsabilité. Les fabricants de pesticides bénéficient encore d’une exception que le SEDIF juge injustifiée.

Un milliard d’euros pour protéger durablement l’eau potable

En parallèle de ces actions juridiques, le SEDIF modernise ses installations.

Le syndicat installera une filière membranaire de haute performance dans ses usines afin d’éliminer les PFAS présents dans l’eau. Ce programme représente un investissement d’environ 1 milliard d’euros.

Grâce à ces équipements, le SEDIF souhaite garantir une eau potable de qualité tout en répondant à l’apparition de nouveaux micropolluants.

Le SEDIF défend un partage plus équitable des coûts

Depuis plus d’un siècle, le SEDIF assure l’alimentation en eau potable de 4 millions d’habitants répartis dans 133 communes d’Île-de-France.

Avec ces deux recours, le syndicat entend faire évoluer le droit français et européen. Son objectif reste simple : appliquer pleinement le principe du pollueur-payeur afin que les fabricants de pesticides participent enfin au financement de la dépollution de l’eau.