Les réseaux de froid adaptent les villes au changement climatique

Par Armand Rosam |

Les réseaux de froid s'imposent comme une infrastructure essentielle pour rafraîchir les villes, limiter les îlots de chaleur et accompagner la transition climatique. Découvrez leurs avantages et les perspectives de développement.

Les réseaux de froid adaptent les villes au changement climatique

Alors que les épisodes de chaleur extrême deviennent plus fréquents et plus intenses, les collectivités sont confrontées à un défi majeur : maintenir le confort des habitants tout en limitant les consommations énergétiques et les émissions de gaz à effet de serre.

Pour répondre à cet enjeu, la FEDENE (Fédération des services énergie environnement) appelle à intégrer pleinement les réseaux de froid dans les stratégies de rafraîchissement urbain. L’organisation propose une hiérarchie des solutions visant à privilégier les dispositifs les plus sobres et les plus performants pour adapter les villes au changement climatique.

Une stratégie de rafraîchissement fondée sur la sobriété

Selon la FEDENE, une politique de rafraîchissement efficace doit avant tout chercher à réduire les besoins en climatisation grâce à des solutions passives : végétalisation, protection solaire, matériaux adaptés ou encore amélioration de la performance des bâtiments.

Lorsque le recours au rafraîchissement devient indispensable, la priorité doit être donnée aux solutions collectives avant les équipements individuels. Enfin, la production de froid doit privilégier les ressources renouvelables ou de récupération disponibles localement. Cette approche s’inspire de la méthode « ENR Choix » développée par l’ADEME pour les réseaux de chaleur.

Comment fonctionne un réseau de froid urbain ?

À l’image des réseaux de chaleur, les réseaux de froid distribuent de l’eau glacée via un réseau de canalisations enterrées afin d’alimenter plusieurs bâtiments à partir d’une centrale de production.

Le principe repose sur la valorisation de ressources naturelles ou d’énergies de récupération, comme les fleuves, la mer, la géothermie ou encore la chaleur fatale industrielle. L’eau refroidie circule ensuite dans des canalisations isolées jusqu’aux bâtiments, où des échangeurs transmettent le froid aux installations intérieures avant que l’eau ne retourne vers la centrale pour un nouveau cycle.

Une solution performante

Pour les collectivités et les aménageurs, les réseaux de froid présentent de nombreux avantages.

Ils permettent notamment de :

  • limiter les îlots de chaleur urbains en évitant les rejets d’air chaud dans l’espace public ;
  • consommer jusqu’à deux fois moins d’électricité que des systèmes de climatisation individuels ;
  • optimiser les performances énergétiques grâce à la mutualisation des besoins ;
  • stocker le froid lors des périodes de surproduction électrique ;
  • réduire fortement les émissions liées aux fluides frigorigènes ;
  • préserver l’intégration architecturale grâce à des installations discrètes et silencieuses.

Un développement soutenu par les politiques publiques

Le marché des réseaux de froid connaît une progression continue.

En 2024, la France comptait :

  • 49 réseaux de froid, soit six de plus qu’en 2023 ;
  • 1 841 bâtiments raccordés ;
  • 0,87 TWh de froid livré sur l’année.

Cette dynamique devrait encore s’accélérer. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et le Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 2025) fixent un objectif ambitieux : tripler le volume de froid distribué d’ici 2035, pour atteindre 3 TWh par an. Cette trajectoire confirme le rôle stratégique des réseaux de froid dans la résilience des villes face aux fortes chaleurs.

Les réseaux de froid, perspective en VRD

Le développement des réseaux de froid ouvre également de nouvelles perspectives pour les entreprises des travaux publics et des voiries et réseaux divers.

Comme les réseaux de chaleur, ces infrastructures nécessitent des travaux de terrassement, la pose de canalisations isolées, des ouvrages de génie civil, des raccordements aux bâtiments et une coordination étroite avec les autres réseaux enterrés.

Avec l’accélération des politiques d’adaptation climatique, ces chantiers devraient se multiplier dans les prochaines années, offrant de nouvelles opportunités aux acteurs de l’aménagement urbain et des infrastructures.

Des réalisations déjà visibles dans plusieurs métropoles

Plusieurs grandes villes françaises ont déjà fait le choix des réseaux de froid pour accompagner leur transition climatique, notamment Paris, Lyon, Grenoble, Bordeaux et Montpellier.

À Paris, l’un des plus importants réseaux de froid d’Europe alimente plus de 800 sites, parmi lesquels le musée du Louvre, le musée d’Orsay, l’Assemblée nationale ou encore, depuis 2025, l’Hôpital national des Quinze-Vingts, premier hôpital public parisien raccordé à cette infrastructure.

Chiffres clés

  • 49 réseaux de froid en France
  • 1 841 bâtiments raccordés
  • 0,87 TWh de froid livré en 2024
  • Objectif : 3 TWh de froid distribués d’ici 2035
  • Jusqu’à 2 fois moins d’électricité consommée qu’une climatisation individuelle
  • Plus de 800 sites alimentés par le réseau de froid parisien