Plaine Commune rejette le projet d’Osmose Inverse Basse Pression (OIBP) du SEDIF

Par Armand Rosam |

Le feuilleton technologique et politique autour du traitement de l'eau potable en Île-de-France connaît un nouveau rebondissement majeur. Le Conseil territorial de Plaine Commune vient de voter un avis défavorable concernant le déploiement de la technologie d’Osmose Inverse Basse Pression (OIBP). Le projet est porté par le SEDIF et Veolia pour l’usine de Neuilly-sur-Marne.

Plaine Commune rejette le projet d’Osmose Inverse Basse Pression (OIBP) du SEDIF

Le feuilleton technologique et politique autour du traitement de l’eau potable en Île-de-France connaît un nouveau rebondissement majeur. Le Conseil territorial de Plaine Commune vient de voter un avis défavorable concernant le déploiement de la technologie d’Osmose Inverse Basse Pression (OIBP). Le projet est porté par le SEDIF et Veolia pour l’usine de Neuilly-sur-Marne.

Un projet à 1 milliard d’euros qualifié de « non-sens écologique »

L’Osmose inverse basse pression est présentée par le Syndicat des Eaux d’Île-de-France (SEDIF) et son délégataire Veolia comme la solution d’avenir pour éliminer les micropolluants et les résidus de pesticides de l’eau potable. Elle se heurte toutefois à une vive opposition locale. Pour les élus de Plaine Commune, cette innovation industrielle représente au contraire un « non-sens écologique, énergétique et social ».

Le principal argument technique opposé au projet concerne le devenir des substances filtrées. Si les membranes hautement sélectives de l’OIBP retiennent effectivement les PFAS (polluants éternels) et autres molécules toxiques, elles ne les détruisent pas. Les concentrats de filtration issus du procédé seraient directement rejetés dans le milieu naturel en sortie d’usine. Le processus entraînerait des conséquences préoccupantes pour la biodiversité et les écosystèmes aquatiques en aval.

Les chiffres clés du projet OIBP (Usine de Neuilly-sur-Marne) :

  • 1 milliard d’euros : L’investissement global estimé pour la mise aux normes des infrastructures hydrauliques.
  • +75 % : L’augmentation de la consommation énergétique induite sur le site industriel par les pompes haute pression.
  • +30 % : La hausse estimée de la facture d’eau finale pour les usagers du réseau.

L’impact sur la facture d’eau et le principe du pollueur-payeur inversé

Au-delà des alertes environnementales, l’aspect économique cristallise les tensions. Le coût d’investissement et de maintenance de ces nouvelles infrastructures de traitement impacterait directement le portefeuille des abonnés. Le SEDIF reconnaît lui-même que cette barrière technologique contre les micropolluants entraînerait une augmentation d’environ 30 % des factures d’eau. Une hausse intégralement supportée par les usagers.

Une trajectoire tarifaire qui est jugée inacceptable par la collectivité territoriale. Cette dernière dénonce une inversion complète du principe du « pollueur-payeur ». Dans cette configuration réglementaire et technique, ce sont les consommateurs finaux qui financeraient à grands frais la dépollution technique. Alors qu’il faudrait plutôt pénaliser les émetteurs industriels et agricoles à l’origine des contaminations de la ressource.

Vers un « Grenelle de l’eau » e

Face à ce qu’ils qualifient d’impasse technique, la majorité des élus de Plaine Commune réaffirme la nécessité d’agir directement sur les causes des pollutions environnementales. La collectivité appelle à l’organisation d’un grand « Grenelle de l’eau » et préconise des actions structurelles en amont : une réduction drastique des émissions de produits phytosanitaires du secteur agro-industriel et un soutien massif au développement de l’agriculture biologique sur les zones de captage.

Ce vote s’inscrit plus largement dans une stratégie de rupture avec le modèle actuel de délégation de service public (DSP). Plaine Commune réaffirme son ambition de déployer une alternative historique : l’instauration d’une gestion publique de l’eau à l’échelle de son territoire. Ce passage en régie publique a pour objectif affiché de sanctuariser la ressource en tant que « bien commun », au service exclusif de l’intérêt général et en dehors des logiques de rentabilité industrielle.