France Gaz publie un rapport consacré à l’Axe Seine normand. Il met en avant le rôle des réseaux dans la transformation du territoire. Gaz renouvelables, hydrogène et CO2 pourraient ainsi s’appuyer sur des infrastructures existantes ou à créer.
Un territoire industriel majeur
Le rapport porte principalement sur la partie normande de l’Axe Seine. Le périmètre s’étend de l’estuaire du Havre à Rouen. Les données sont arrêtées au premier semestre 2026.
Le territoire concentre de nombreux sites industriels. Raffinage, chimie, agro-industrie et logistique y occupent une place importante.
Cette activité a toutefois un coût carbone élevé. Selon le rapport, les industries de l’Axe Seine émettent près de 10 millions de tonnes de CO2 chaque année.
La décarbonation devient donc un enjeu industriel. Elle doit aussi préserver la compétitivité des entreprises.
Les réseaux comme levier
Dans ce contexte, France Gaz met en avant les infrastructures énergétiques existantes.
L’Axe Seine dispose d’un réseau de transport et de distribution de gaz. Il comprend aussi des capacités de stockage et des terminaux méthaniers. Cet ensemble permet d’alimenter les sites industriels et de sécuriser leurs approvisionnements.
Ces infrastructures pourraient également évoluer.
Le réseau gazier peut notamment accueillir du biométhane. À terme, d’autres molécules pourraient circuler dans des infrastructures dédiées. C’est notamment le cas de l’hydrogène et du CO2.
L’enjeu est donc de passer progressivement d’un réseau gazier à un système énergétique plus diversifié.
Le biométhane déjà présent
La méthanisation constitue l’une des premières briques de cette transformation.
La Normandie compte 229 unités de méthanisation en fonctionnement. Parmi elles, 69 injectent du biométhane dans les réseaux. Plus de 50 projets sont également en cours.
Sur le périmètre étudié de l’Axe Seine, le potentiel reste cependant plus important.
Les unités existantes produisent environ 125 GWh de gaz renouvelable par an. Cette production représente environ 1 % d’une consommation de gaz estimée à 17 300 GWh par an sur le territoire étudié.
Les ressources sont nombreuses. Elles comprennent notamment les effluents agricoles, les biodéchets, les boues de stations d’épuration et certains déchets industriels.
Au total, les études recensent près de 3,6 millions de tonnes de matières brutes par an. Environ 30 % pourraient être mobilisables à moyen terme.
Un potentiel multiplié par sept
Les études menées dans le cadre du programme ZIBAC identifient un potentiel important pour les gaz renouvelables.
France Gaz estime ainsi que la production pourrait être multipliée par sept sur le territoire. Près de 900 GWh par an de production potentielle ont été identifiés.
Le scénario étudié pourrait représenter 24 nouvelles unités de production. Il pourrait aussi générer plus de 260 emplois et plus de 500 millions d’euros d’investissements.
La méthanisation n’est toutefois pas la seule technologie envisagée.
La pyrogazéification pourrait valoriser certains déchets solides. La gazéification hydrothermale cible notamment des déchets liquides industriels et des boues de stations d’épuration.
L’hydrogène change d’échelle
L’hydrogène constitue une autre brique du futur mix énergétique.
La Normandie est aujourd’hui la première région consommatrice d’hydrogène en France, selon le rapport. Ses infrastructures portuaires et sa concentration industrielle constituent des atouts pour développer cette filière.
À Port-Jérôme, le projet Normand’Hy d’Air Liquide prévoit un électrolyseur de 200 MW. Il doit notamment fournir de l’hydrogène à la raffinerie de TotalEnergies et à des stations-service.
Selon les données du rapport, le projet doit permettre d’éviter 250 000 tonnes de CO2 par an.
Les réseaux énergétiques devront accompagner cette montée en puissance. Le rapport envisage notamment le développement progressif d’infrastructures dédiées à l’hydrogène.
Le CO2 devient une molécule à transporter
Le captage du CO2 constitue un autre enjeu pour l’Axe Seine.
L’objectif est de récupérer les émissions de certains sites industriels. Le CO2 pourrait ensuite être transporté par canalisation vers des sites de stockage ou de valorisation.
NaTran a ainsi lancé un appel à manifestation d’intérêt pour un projet de transport de CO2. Le réseau envisagé atteindrait environ 1 000 km et couvrirait plusieurs régions.
La Normandie représente une part importante des besoins identifiés.
Selon le rapport, 37 acteurs normands se sont positionnés. Parmi eux figurent 17 industriels et 20 sites de méthanisation.
Les besoins de transport atteindraient 4,3 millions de tonnes de CO2 par an pour la seule Normandie. La valorisation représenterait 1,1 million de tonnes par an.
Des e-fuels à produire sur l’Axe Seine
Ces infrastructures pourraient aussi favoriser de nouvelles filières industrielles.
L’Axe Seine bénéficie notamment de sa proximité avec les grands ports et les aéroports parisiens. Cette configuration est favorable au développement des carburants de synthèse.
Le projet Methavert, porté par Qair, en constitue un exemple. Une unité doit être implantée à Rogerville, près du Havre. Elle pourrait produire à terme 200 000 tonnes de e-méthanol.
Le territoire pourrait également accueillir une filière de carburant d’aviation durable.
Engie et Air France-KLM travaillent ainsi sur une étude de faisabilité pour produire de l’e-SAF à partir d’hydrogène renouvelable et de CO2 fourni par les industriels locaux.
Les réseaux deviennent alors un élément de connexion entre producteurs et utilisateurs.
Trois étapes jusqu’en 2050
Le rapport dessine une trajectoire en trois temps.
À l’horizon 2030, l’objectif est de s’appuyer sur les infrastructures existantes et de déployer les premières solutions bas carbone.
À l’horizon 2050, le scénario vise un territoire multi-énergies et interconnecté. Le réseau gaz serait adapté. Des liaisons CO2 seraient développées. Un réseau hydrogène pourrait également émerger.
Cette évolution doit accompagner les besoins des industriels. Elle doit aussi favoriser de nouvelles implantations.
SOCRATE moteur de la transformation
Le programme SOCRATE constitue l’un des principaux dispositifs étudiés dans le rapport.
Il réunit les zones industrialo-portuaires du Havre, de Port-Jérôme et de Rouen. Son objectif est de définir les trajectoires de décarbonation à l’horizon 2050.
Le programme rassemble 40 partenaires publics et privés. Il comprend 33 études techniques et de faisabilité. Son budget atteint 15 millions d’euros.
Les études portent notamment sur les gaz renouvelables, l’hydrogène, le CO2 et les infrastructures énergétiques.
L’enjeu dépasse donc la seule évolution des sources d’énergie. Il s’agit aussi de créer les connexions nécessaires entre les différentes filières.
Vers des réseaux multi-énergies
Le rapport de France Gaz dessine ainsi une nouvelle géographie énergétique pour l’Axe Seine.
Le réseau gazier existant constitue un premier socle. Il pourrait progressivement accueillir davantage de gaz renouvelables. D’autres infrastructures viendraient ensuite compléter cet ensemble.
Biométhane, hydrogène et CO2 pourraient ainsi être produits, transportés, valorisés ou stockés au sein d’un même écosystème industriel.
Selon les études ZIBAC, jusqu’à 1 million de tonnes de CO2 pourraient être captées chaque année sur l’Axe Seine. Plusieurs milliards d’euros d’investissements potentiels sont également identifiés à l’horizon 2050.
Pour les territoires, le défi sera donc autant énergétique qu’infrastructurel. La décarbonation industrielle nécessitera de nouveaux équipements. Elle reposera aussi sur la transformation et l’interconnexion des réseaux existants.
L’Axe Seine pourrait ainsi devenir un territoire multi-énergies, où les réseaux de gaz, d’hydrogène et de CO2 accompagnent la transformation de l’industrie.
