Data centers : 31 600 mds€ d’investissements d’ici 2050

Par Armand Rosam |

L’essor de l’intelligence artificielle (IA) transforme la géographie des infrastructures numériques. Selon l’étude Global Data Center Outlook 2026-2050 de PwC, les investissements mondiaux dans les data centers pourraient atteindre 31 600 milliards de dollars d’ici 2050.

Data centers : 31 600 mds€ d’investissements d’ici 2050

L’essor de l’intelligence artificielle (IA) transforme la géographie des infrastructures numériques. Selon l’étude Global Data Center Outlook 2026-2050 de PwC, les investissements mondiaux dans les data centers pourraient atteindre 31 600 milliards de dollars d’ici 2050.

Cette croissance pose toutefois un nouveau défi. Il faut pouvoir alimenter ces infrastructures en électricité. Ainsi, les réseaux deviennent un facteur clé dans le choix des implantations.

Des investissements en forte hausse

Les dépenses annuelles consacrées aux data centers devraient plus que doubler. Elles passeraient de 800 milliards de dollars en 2026 à 1 800 milliards en 2050.

Cette progression s’explique notamment par l’explosion des besoins en puissance de calcul. Les infrastructures doivent aussi évoluer avec les nouvelles générations de puces et de serveurs.

Ainsi, un data center ne se résume plus à un bâtiment. Il doit pouvoir renouveler régulièrement ses équipements. Il doit aussi disposer d’une alimentation électrique suffisante et d’une connectivité performante.

« Les infrastructures de l’IA constituent l’un des enjeux d’allocation du capital les plus stratégiques des prochaines décennies », explique Christophe Desgranges, associé responsable des activités de conseil en stratégie, management, risques et technologie de PwC France et Maghreb.

L’électricité, incontournable

L’essor de l’IA renforce donc la pression sur les réseaux électriques. Pour les opérateurs de data centers, l’accès à une électricité disponible, fiable et compétitive devient déterminant.

La décarbonation de cette électricité prend également de l’importance. Les territoires capables de proposer une énergie abondante et de plus en plus décarbonée disposent ainsi d’un avantage.

Cependant, les réseaux doivent encore relever plusieurs défis. Les capacités de transport et de distribution restent limitées dans certaines zones.

La disponibilité des sous-stations constitue également un enjeu. Il faut parfois plusieurs années pour obtenir certains équipements critiques, comme les transformateurs.

De plus, la construction de nouvelles capacités de production demande du temps.

Les réseaux dans la course à l’IA

Certains opérateurs développent leurs propres moyens de production d’électricité sur site. Cette solution permet de contourner certaines contraintes.

Elle ne règle toutefois pas l’ensemble du problème. Les investissements dans les réseaux électriques restent indispensables pour accompagner le développement des data centers.

La course à l’IA devient donc aussi une course à l’énergie.

« L’IA ne se déploiera pas uniquement là où se trouvent les talents, les capitaux ou les clients. Elle se développera là où il sera possible de disposer rapidement de suffisamment d’électricité, de connectivité et de capacités de calcul », souligne Christophe Desgranges.

Les États-Unis en tête

Cette dynamique devrait modifier la géographie mondiale des data centers.

Les États-Unis devraient conserver leur première place. Ils concentreraient 48 % des investissements mondiaux, soit environ 15 100 milliards de dollars cumulés d’ici 2050.

L’Asie-Pacifique arriverait ensuite. La région pourrait attirer environ 8 200 milliards de dollars d’investissements. La Chine et l’Inde devraient notamment contribuer à cette dynamique.

En Europe et au Moyen-Orient, les politiques de souveraineté numérique pourraient également accélérer les projets. Les territoires cherchent en effet à héberger localement les données et les charges de travail critiques.

Cinq critères pour attirer les data centers

L’accès à l’énergie ne sera toutefois pas le seul critère.

Selon PwC, cinq facteurs devraient peser sur les choix d’implantation :

  • l’accès à l’énergie ;
  • la connectivité et la latence ;
  • la sécurité des données ;
  • l’accès aux puces avancées et aux compétences ;
  • la stabilité des politiques publiques et l’acceptabilité locale.

Ainsi, la compétition entre territoires devrait changer de nature.

La question ne sera plus seulement de savoir où construire un data center. Il faudra aussi déterminer où développer rapidement un écosystème complet de calcul.

Le risque lié aux semi-conducteurs

La filière reste toutefois exposée aux tensions géopolitiques. Les semi-conducteurs constituent notamment un point de fragilité.

Un durcissement des restrictions à l’exportation pourrait limiter l’accès aux puces avancées. Il pourrait aussi perturber les chaînes d’approvisionnement.

Dans ce scénario, les investissements mondiaux seraient fortement ralentis.

Ils atteindraient 25 500 milliards de dollars d’ici 2050. Le montant serait donc inférieur de près de 6 000 milliards de dollars au scénario central de PwC.

Un autre scénario, fondé sur un renforcement de la souveraineté numérique, aurait un impact plus limité. Les investissements atteindraient alors 29 500 milliards de dollars d’ici 2050.

L’Europe face à une nouvelle compétition

L’Europe devrait globalement suivre le scénario central. Son cadre réglementaire en matière de protection et de souveraineté des données pourrait soutenir cette dynamique.

Cependant, la concurrence entre pays devrait s’intensifier.

Le Royaume-Uni, la Turquie et la Pologne pourraient notamment renforcer leur position. À l’inverse, l’Irlande, les Pays-Bas et l’Allemagne pourraient perdre une partie de leur avantage sur certains flux transfrontaliers.

Pour les territoires européens, l’attractivité reposera donc sur plusieurs infrastructures.

Il faudra combiner énergie, réseaux, foncier et connectivité. Il faudra aussi disposer de compétences, d’équipements critiques, de financements et d’un cadre réglementaire stable.

Les data centers redessinent les territoires

Cette évolution dépasse largement le secteur numérique.

À l’échelle mondiale, 151 100 milliards de dollars devraient être investis dans les infrastructures d’ici 2050. Les data centers représentent donc une composante majeure de cette transformation.

Leur développement crée de nouveaux besoins pour les réseaux électriques. Il renforce également les enjeux liés au foncier, à la connectivité et à l’aménagement des territoires.

Ainsi, numérique, énergie, industrie et infrastructures deviennent de plus en plus liés.

« Tous les territoires ne profiteront pas de la même manière de l’essor des data centers », conclut Christophe Desgranges. À l’horizon 2050, la géographie mondiale du calcul pourrait donc être profondément redistribuée.