Réseaux d’eau : LTF mise sur la micro-turbine autonome

Par Armand Rosam |

La start-up strasbourgeoise LTF développe une micro-turbine capable de produire de l'électricité grâce à l'écoulement de l'eau. Son objectif est simple : alimenter de façon autonome les capteurs installés sur les réseaux d'eau potable et les sites industriels.

Réseaux d’eau : LTF mise sur la micro-turbine autonome

La start-up strasbourgeoise LTF développe une micro-turbine capable de produire de l’électricité grâce à l’écoulement de l’eau. Son objectif est simple : alimenter de façon autonome les capteurs installés sur les réseaux d’eau potable et les sites industriels.

Cette solution élimine le recours aux piles, aux panneaux solaires et aux raccordements électriques. Elle répond ainsi à un enjeu majeur de la digitalisation des réseaux d’eau.

Une alimentation autonome grâce à l’énergie de l’eau

Aujourd’hui, des milliers de capteurs surveillent la qualité de l’eau, les pressions ou encore les fuites. Cependant, leur alimentation électrique reste une contrainte importante, notamment sur les réseaux enterrés.

Créée en avril 2026, LTF apporte une réponse innovante. Sa micro-turbine récupère l’énergie cinétique de l’eau en circulation pour produire de l’électricité directement sur site. Ainsi, les équipements fonctionnent tant que l’eau s’écoule.

Autre avantage, cette technologie ne génère quasiment aucune perte de charge. Elle fonctionne dans les deux sens d’écoulement et s’adapte aux infrastructures existantes.

La puissance produite peut atteindre jusqu’à 40 W pour un écoulement de 2 m/s.

Une solution pour des réseaux d’eau plus intelligents

Grâce à cette innovation, les gestionnaires de réseaux peuvent déployer davantage de capteurs sans se soucier de leur alimentation.

Selon Pierre Harguindeguy, président de LTF, le remplacement des piles représente souvent un coût supérieur à celui du capteur lui-même. La micro-turbine supprime donc cette opération de maintenance tout en garantissant une mesure continue.

Cette approche contribue également à rendre les réseaux plus intelligents, plus autonomes et plus durables.

Une technologie issue de la recherche française

La technologie a été développée au sein du laboratoire ICube, avec le soutien de l’ENGEES, de l’Université de Strasbourg et du CNRS. Son transfert vers le marché a été assuré par CONECTUS grâce à une licence exclusive d’exploitation.

Après plusieurs années de développement, la solution atteint désormais un niveau de maturité technologique TRL 8. Des essais sont actuellement menés chez plusieurs premiers utilisateurs.

Par ailleurs, la micro-turbine sera prochainement certifiée ACS, une étape indispensable pour les équipements en contact avec l’eau destinée à la consommation humaine.

Un marché à fort potentiel

Le potentiel commercial est important. En France, près de 200 000 kilomètres de réseaux d’eau potable présentent un potentiel d’optimisation, soit environ 20 000 points susceptibles d’être équipés.

LTF ne cible pas uniquement les collectivités. L’entreprise s’adresse également aux industriels. Dans ce secteur, une partie importante de l’énergie utilisée pour le pompage des fluides est aujourd’hui perdue. La micro-turbine permet justement de valoriser cette énergie dite « fatale ».

Le marché industriel représenterait ainsi plus de 140 000 unités potentielles.

Une industrialisation en cours

LTF entre désormais dans une phase d’industrialisation. L’entreprise a déjà réuni 320 000 euros de financement, notamment grâce au soutien de Bpifrance, de la Région Grand Est et de l’ENGEES.

Fait inédit, l’école d’ingénieurs est entrée au capital de la start-up à hauteur de 5 % et lui a accordé une avance de 200 000 euros. Cette opération illustre la volonté de rapprocher la recherche académique de l’innovation industrielle.

Pour accélérer son développement, LTF prépare désormais une première levée de fonds d’environ un million d’euros.

Développer les réseaux d’eau de demain

À l’horizon 2030, LTF ambitionne d’atteindre un chiffre d’affaires de 3,5 millions d’euros. L’entreprise prévoit d’élargir sa gamme de produits et de renforcer sa présence sur les marchés des réseaux d’eau potable, du traitement de l’eau et de l’industrie.

En valorisant l’énergie naturellement présente dans les écoulements hydrauliques, la start-up entend contribuer à des infrastructures plus performantes, plus sobres en énergie et plus faciles à exploiter.