L’hydrogène, grand oublié du plan d’électrification ?

Par Armand Rosam |

À la suite des annonces du Premier ministre sur le plan d’électrification, France Hydrogène réagit et alerte sur un angle mort majeur : l’absence de l’hydrogène dans la stratégie présentée.

L’hydrogène, grand oublié du plan d’électrification ?

À la suite des annonces du Premier ministre sur le plan d’électrification, France Hydrogène réagit et alerte sur un angle mort majeur : l’absence de l’hydrogène dans la stratégie présentée.

Si certaines mesures sont jugées utiles à court terme, la filière estime que l’électrification ne pourra atteindre ses objectifs sans intégrer pleinement ce levier, considéré comme indispensable à la décarbonation de secteurs industriels clés.

L’hydrogène, levier d’électrification indirecte pour les industries

Pour France Hydrogène, l’hydrogène électrolytique constitue une réponse aux limites de l’électrification directe. Il permet en effet de substituer des énergies fossiles importées par de l’électricité décarbonée produite en France.

Cette “électrification indirecte” concerne plusieurs secteurs stratégiques :

  • les raffineries et la production d’engrais, en remplacement du gaz naturel
  • les carburants de synthèse pour l’aérien et le maritime, en substitution au pétrole
  • la sidérurgie, en alternative au charbon pour la production d’acier

Au total, les projets hydrogène en développement pourraient représenter jusqu’à 24 TWh de consommation électrique dès 2030-2032, et atteindre 60 TWh à horizon 2035. Un volume significatif, équivalent à près des deux tiers des exportations actuelles d’électricité française.

Selon la filière, cette dynamique permettrait également de réduire d’environ 4 milliards d’euros par an le déficit de la balance énergétique, en limitant les importations de gaz, de pétrole et de charbon.

Un appel à intégrer l’hydrogène dans la stratégie nationale

Dans ce contexte, France Hydrogène appelle à compléter le plan d’électrification en s’appuyant sur les objectifs déjà fixés dans la stratégie nationale hydrogène (SNH).

L’organisation met en avant plusieurs leviers prioritaires, sans impact budgétaire immédiat, pour structurer la demande et sécuriser les débouchés industriels :

  • faciliter la contractualisation d’approvisionnement en carburants de synthèse pour l’aérien
  • renforcer les mécanismes d’incitation à la réduction de l’intensité carbone des carburants
  • soutenir des marchés pilotes bas carbone, notamment dans les engrais et l’acier

Elle souligne également la nécessité de mobiliser les dispositifs existants pour accompagner les projets industriels stratégiques, sans recourir à de nouvelles enveloppes budgétaires.

Une question de souveraineté énergétique et industrielle

Pour Nicolas Brahy, président de France Hydrogène, l’absence de l’hydrogène dans les annonces gouvernementales constitue un signal préoccupant.

Selon lui, un plan d’électrification ambitieux ne peut ignorer ce levier, essentiel pour réduire la dépendance aux énergies fossiles et sécuriser l’avenir des industries françaises.

Au-delà des enjeux énergétiques, la filière met en avant des impacts plus larges : sécurité alimentaire, compétitivité industrielle et autonomie stratégique. Autant de dimensions qui placent l’hydrogène au cœur des débats sur la transition énergétique et la résilience des territoires.