Les écoles, gymnases et piscines peuvent devenir de véritables démonstrateurs de la transition hydrique. C’est le message porté par l’ATEP dans son nouvel « Essentiel » consacré aux bâtiments publics.
Sécheresses, canicules et tensions sur la ressource imposent de revoir les usages de l’eau. Dans ce contexte, le patrimoine public constitue un terrain d’action privilégié.
L’ATEP publie ainsi son neuvième « Essentiel ». Intitulé « Transition hydrique & bâtiments publics », le document propose des solutions concrètes pour réduire les consommations d’eau potable et mieux valoriser les ressources disponibles.
Les bâtiments publics en première ligne
Le potentiel est considérable. La France compte environ 58 000 établissements scolaires publics et 52 600 équipements sportifs intérieurs. Ces bâtiments représentent près de 130 millions de m², soit environ la moitié du parc immobilier des collectivités territoriales.
Pourtant, le patrimoine reste vieillissant. Selon les données reprises par l’ATEP, 80 % des écoles auraient besoin d’une rénovation. De plus, 40 % des équipements sportifs ont plus de 25 ans.
Dès lors, les opérations de rénovation offrent une occasion de repenser la gestion de l’eau. L’objectif est double : réduire les prélèvements et adapter les bâtiments au changement climatique.
L’ATEP défend ainsi une approche globale. Elle ne concerne pas uniquement les écoles. Elle peut aussi s’appliquer aux mairies, centres techniques municipaux, salles polyvalentes, bibliothèques, équipements sportifs ou encore locaux associatifs.
D’abord réduire les consommations
La première étape reste la sobriété. Avant de chercher de nouvelles ressources, il faut réduire les besoins.
L’ATEP préconise notamment l’installation de mousseurs, d’aérateurs, de robinets à poussoir ou infrarouges et de chasses d’eau à double commande. Les pommeaux hydroéconomes peuvent également réduire fortement les consommations dans les vestiaires.
La détection des fuites constitue un autre levier. Dans les bâtiments anciens, les fuites silencieuses peuvent représenter 20 à 30 % de la consommation.
Selon l’ATEP, les investissements dans ces équipements affichent généralement un retour inférieur à deux ou trois ans. La sobriété sur l’eau chaude permet, par ailleurs, de réaliser aussi des économies d’énergie.
Récupérer l’eau de pluie
Une fois les consommations réduites, l’ATEP propose de valoriser les eaux disponibles sur la parcelle.
Les toitures des écoles et des gymnases offrent notamment d’importantes surfaces de collecte. Une école moyenne peut ainsi disposer de 800 à 2 000 m² de toiture. Pour un gymnase, cette surface peut atteindre 3 000 m².
L’eau de pluie peut ensuite être stockée dans des cuves enterrées ou aériennes. Elle peut servir pour les chasses d’eau, le nettoyage, l’arrosage des espaces verts et des terrains de sport ou encore le lavage des véhicules d’entretien.
La récupération d’eau de pluie présente aussi un intérêt pour la gestion des eaux pluviales. Elle permet de stocker une partie des précipitations et donc de réduire les volumes envoyés vers les réseaux.
Selon l’ATEP, cette solution pourrait couvrir 30 à 50 % de la consommation d’eau d’un établissement dans certains cas.
Des retours d’expérience
Plusieurs collectivités ont déjà engagé cette démarche.
À Pérignat-lès-Sarliève, dans le Puy-de-Dôme, une toiture de 360 m² est associée à une cuve de 20 000 litres. Le dispositif permet d’économiser environ 100 m³ d’eau potable par an.
Le collège du Taillan-Médoc, en Gironde, constitue un autre exemple. Le projet lancé en 2026 prévoit 50 m³ de stockage pour une surface de collecte de 4 700 m². L’économie attendue atteint 906 m³ d’eau potable par an.
Les CFA du BTP d’Occitanie ont également engagé une démarche à l’échelle de six sites. Au total, ces établissements accueillent environ 3 500 apprentis chaque année.
Recycler les eaux grises
La deuxième ressource identifiée par l’ATEP concerne les eaux grises.
Issues notamment des douches et des lavabos, elles représentent 50 à 60 % des eaux usées domestiques. Elles sont donc particulièrement intéressantes dans les équipements sportifs.
Gymnases, piscines et stades disposent en effet de douches collectives. Les volumes disponibles peuvent ainsi être importants.
Après traitement, ces eaux peuvent être utilisées pour certains usages comme les chasses d’eau, l’arrosage ou le nettoyage. La réglementation française encadre désormais ces pratiques.
Le décret du 12 juillet 2024 et l’arrêté associé ont notamment défini le cadre applicable aux eaux impropres à la consommation humaine. Plusieurs régimes administratifs existent selon l’origine de l’eau, son usage et le type de bâtiment.
Pour l’ATEP, la séparation des flux constitue toutefois un préalable essentiel. Les eaux grises doivent être séparées des eaux vannes dès la collecte. Cette anticipation est particulièrement importante lors des constructions neuves ou des rénovations lourdes.
Les piscines comme démonstrateurs
Les équipements aquatiques concentrent plusieurs ressources. Ils peuvent donc devenir des démonstrateurs de la transition hydrique.
À Rennes, la piscine de Villejean, inaugurée en mars 2026, combine notamment récupération d’eau de pluie, réutilisation des eaux non conventionnelles et récupération de chaleur.
À Dinan, un autre projet expérimente la réutilisation des eaux de piscine et des eaux pluviales. L’objectif est notamment de réduire l’empreinte eau de l’équipement.
Le projet prévoit des stockages distincts pour l’eau de pluie, les eaux de piscine et les eaux ultrafiltrées. Une demande est également en cours pour expérimenter la réalimentation des bassins avec des eaux non conventionnelles. Si elle aboutit, l’ATEP présente cette opération comme une première en France.
Désimperméabiliser les cours d’école
La transition hydrique ne s’arrête pas au bâtiment. Elle concerne aussi ses abords.
L’ATEP met donc en avant les « cours Oasis ». Le principe consiste à remplacer une partie des surfaces minérales par des sols perméables et végétalisés.
Cette approche permet de mieux gérer les eaux pluviales à la source. Noues, jardins de pluie, tranchées drainantes et revêtements perméables peuvent retenir puis infiltrer l’eau.
La végétalisation apporte en parallèle de l’ombre et de la fraîcheur. Selon l’ATEP, l’écart de température entre une cour minérale et une cour Oasis peut atteindre 5 à 10 °C lors d’une période de canicule.
À Lancieux, dans les Côtes-d’Armor, une noue centrale aménagée dans la cour d’école a ainsi absorbé sans débordement un orage de 35 mm en juillet 2024.
Faire de l’école un laboratoire de l’eau
Pour l’ATEP, les équipements hydriques doivent également devenir des supports pédagogiques.
Compteurs visibles, signalétique des flux, suivi des consommations ou visites des installations peuvent permettre aux élèves de comprendre concrètement le cycle de l’eau.
La cour désimperméabilisée devient alors un outil pédagogique. Les élèves peuvent observer l’infiltration, la végétation, la biodiversité ou encore les effets de la chaleur.
L’objectif est donc de dépasser la seule performance technique. Le bâtiment public doit aussi contribuer à diffuser une culture de l’eau auprès des usagers et, indirectement, des familles.
Six propositions pour les collectivités
L’ATEP formule finalement six propositions pour accélérer la transition hydrique du patrimoine public.
L’association propose notamment d’ajouter un volet « eau » à la charte de rénovation du bâti scolaire. Elle souhaite également faire des équipements sportifs des démonstrateurs du recyclage des eaux grises.
Autre proposition : généraliser les cours Oasis à l’ensemble du parc scolaire, avec un objectif intermédiaire de 50 % en 2030.
L’ATEP appelle aussi à fixer un objectif chiffré de réduction des prélèvements d’eau pour les bâtiments éducatifs et sportifs. Elle propose, à titre d’exemple, une baisse de 25 % à l’horizon 2030.
Enfin, elle demande d’intégrer un volet hydrique explicite au programme EduRénov et de renforcer la place de l’eau dans l’éducation au développement durable.
Un bâtiment public « en boucle »
Au fil de son document, l’ATEP défend une évolution du modèle de gestion de l’eau.
L’enjeu n’est plus seulement de faire entrer de l’eau potable dans un bâtiment, puis de l’évacuer après usage. Il s’agit désormais de créer des boucles locales.
La logique repose sur quatre étapes : sobriété, récupération et stockage, traitement et recyclage, puis valorisation par infiltration ou retour au milieu.
Cette approche associe donc gestion de l’eau potable, récupération des eaux pluviales, recyclage des eaux grises et désimperméabilisation.
Pour les collectivités, les écoles, gymnases et piscines pourraient ainsi devenir les premiers terrains d’expérimentation d’une nouvelle gestion de l’eau à l’échelle de la parcelle.
