L’éolien offshore entre dans une nouvelle phase en Europe. Selon GlobalData, les États passent désormais de l’ambition à l’exécution. Ils sécurisent des projets de plusieurs gigawatts. Ils adaptent aussi leurs appels d’offres, leurs mécanismes de soutien et leurs règles de raccordement.
L’éolien en mer doit devenir une infrastructure stratégique. Il ne s’agit plus seulement d’ajouter une capacité renouvelable. La filière doit aussi contribuer à la sécurité énergétique, à la compétitivité industrielle et à la décarbonation.
Des appels d’offres plus exigeants
Cette évolution modifie les règles du jeu. Les gouvernements cherchent désormais à concilier maîtrise des coûts et capacité réelle à construire les projets.
« Les gouvernements conçoivent de plus en plus les appels d’offres pour équilibrer discipline sur les coûts et capacité de réalisation », explique Attaurrahman Ojindaram Saibasan, analyste Power chez GlobalData.
Les critères évoluent donc. Les contrats doivent mieux répartir les risques. Les règles de préqualification deviennent aussi plus strictes. Les délais de réalisation, l’indexation des coûts et les pénalités en cas de non-respect des engagements prennent davantage de poids.
Ainsi, le prix ne suffit plus. Les États veulent sélectionner des projets réellement réalisables. Ils tiennent notamment compte des contraintes de permis, de chaînes d’approvisionnement et de raccordement au réseau.
Les CfD au cœur du nouveau modèle
En parallèle, l’Europe fait évoluer ses mécanismes de soutien. Les contrats pour différence à deux voies, ou CfD, gagnent du terrain.
Ces dispositifs doivent limiter la volatilité des revenus. Ils permettent également de maintenir une certaine pression sur les prix.
L’enjeu est important. Les projets offshore nécessitent des investissements très élevés. Ils restent donc sensibles à l’évolution des taux, des coûts des matériaux et des équipements.
L’exemple allemand illustre cette difficulté. En 2025, un appel d’offres portant sur deux zones de la mer du Nord, pour un total de 2,5 GW, n’a reçu aucune offre.
Plusieurs facteurs expliquent cet échec. L’absence de mécanisme de stabilisation des revenus figure parmi les principaux points avancés. Les incertitudes liées aux permis et au calendrier de raccordement ont également pesé.
La France mise sur le flottant
La France accélère, elle aussi. Mi-2026, le pays a lancé un appel d’offres d’environ 10 GW.
Le volume est réparti à parts égales entre éolien posé et éolien flottant. Cette stratégie confirme l’importance croissante accordée à cette dernière technologie.
L’éolien posé reste dominant dans les eaux peu profondes. Toutefois, le flottant permet d’exploiter des zones maritimes plus profondes.
Cette technologie ouvre donc de nouveaux territoires. Elle concerne notamment certaines zones de l’Atlantique et de la Méditerranée.
Le Royaume-Uni avance également. Sa dernière procédure CfD a attribué plus de 8 GW de projets d’éolien offshore posé, ainsi que des projets flottants.
L’éolien flottant change d’échelle
Le flottant sort ainsi progressivement de la phase des démonstrateurs. Plusieurs pays européens préparent désormais des appels d’offres commerciaux.
Cependant, les coûts restent supérieurs à ceux de l’éolien posé. Les mécanismes de soutien doivent donc intégrer ce niveau de risque.
Cette évolution pourrait néanmoins créer de nouvelles filières industrielles.
« Le flottant élargit la géographie exploitable de l’éolien en mer. Il favorise aussi de nouveaux écosystèmes industriels autour des fondations flottantes, des systèmes d’amarrage, des câbles dynamiques et des ports spécialisés », souligne Attaurrahman Ojindaram Saibasan.
La maintenance évoluera également. Les exploitants devront développer de nouveaux modèles d’exploitation et de maintenance adaptés à ces infrastructures.
À terme, la baisse des coûts et l’industrialisation pourraient toutefois améliorer la compétitivité de l’éolien flottant.
L’éolien offshore au cœur du système énergétique
Enfin, l’éolien en mer ne se limite plus à la production électrique. Les politiques européennes l’intègrent progressivement dans une approche plus large du système énergétique.
Les futurs parcs pourraient ainsi accompagner l’électrification de l’industrie. Ils peuvent aussi contribuer au développement de l’hydrogène renouvelable et des e-fuels.
Le développement des interconnexions européennes constitue un autre enjeu. Les infrastructures offshore pourraient renforcer les échanges d’électricité entre pays et faciliter l’équilibrage des réseaux.
Pour GlobalData, l’éolien offshore devient donc un levier stratégique.
« L’éolien offshore est désormais l’un des champs de bataille les plus importants des énergies renouvelables en Europe. Il concerne la décarbonation, mais aussi la sécurité énergétique, la compétitivité industrielle et le coût de l’électricité à long terme », conclut l’analyste.
La prochaine étape sera donc décisive. Les pays qui associeront des appels d’offres crédibles, des procédures d’autorisation rapides et un raccordement au réseau maîtrisé disposeront d’un avantage majeur.
