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Les câbles au cœur de la transition énergétique

Par Nathan Guillemant |

Entre électrification massive, modernisation des réseaux et fin du cycle fibre, l’industrie française du câble entre dans une nouvelle phase. À la clé : jusqu’à 2 600 milliards d’euros d’investissements dans les réseaux d’énergie sur 25 ans et près de 200 M€ engagés dès 2026.

Les câbles au cœur de la transition énergétique

Entre électrification massive, modernisation des réseaux et fin du cycle fibre, l’industrie française du câble entre dans une nouvelle phase. À la clé : jusqu’à 2 600 milliards d’euros d’investissements dans les réseaux d’énergie européens sur 25 ans.

 Après une année 2025 charnière, les fabricants de câbles électriques, de communication et de matériels de raccordement abordent 2026 avec davantage de visibilité. Portée par les annonces de la PPE3, les enjeux de résilience des réseaux télécoms et le dynamisme des infrastructures de transport, l’activité s’oriente progressivement à la hausse.

2025 : une année contrastée pour les câbles

Dans le détail, l’année 2025 s’est révélée contrastée pour l’industrie du câble. L’activité recule de 3,7%, pénalisée par la chute des télécoms (-25%), en fin de cycle, et par un bâtiment toujours fragile (-3,5%). En revanche, certains segments tirent leur épingle du jeu. Les câbles d’infrastructures affichent une croissance de +15%. Les secteurs aéronautique et automobile restent également bien orientés.

« Ce résultat n’est pas une surprise. Le Plan Très Haut Débit arrivait à son terme. On ne peut pas fibrer deux fois la France », rappelle Franck Baron, président du Sycabel. « Notre secteur opère une bascule depuis un an. On passe du Très Haut Débit à l’électrification de masse des réseaux », ajoute Frédéric Briand.

Une électrification massive des réseaux

Avec la PPE3, la trajectoire énergétique de la France se précise. Le mix énergétique restera diversifié, mais l’électrique s’impose comme pilier central. Conséquence directe : une explosion des besoins en câbles. « Dès lors qu’on électrifie massivement, il faut déployer une quantité considérable de câbles », souligne Frédéric Briand. Les futurs EPR nécessiteront notamment des liaisons haute tension. Les industriels devront adapter leurs capacités de production, avec près de 60 sites en France concernés.

Dans le même temps, de nouveaux relais de croissance émergent. Le solaire monte en puissance. Les data centers, portés par l’essor de l’IA, génèrent des besoins importants en câbles, qu’ils soient optiques ou énergétiques. Face à ces enjeux, le Sycabel appelle à une meilleure planification. « Elle permettrait aux industriels de produire les équipements nécessaires et de sécuriser les projets ».

Fibre optique : vers une logique de maintenance

Si le déploiement de la fibre touche à sa fin, l’activité ne disparaît pas. Elle change de nature. Place désormais à la maintenance et à la résilience des réseaux. « Le déploiement a été rapide, parfois au détriment de la qualité », estime Philippe Armand, directeur général du Sycabel. Un plan de maintenance apparaît donc nécessaire pour renforcer les zones fragiles. Par ailleurs, les aléas climatiques accentuent les besoins. Tempêtes, canicules ou sinistres imposent le remplacement de certains câbles et équipements de raccordement.

De nouvelles technologies, comme les fibres à corps creux, pourraient aussi améliorer les performances des réseaux en termes de débit.

Matières premières : des tensions à surveiller

Dans un contexte géopolitique incertain, les industriels restent vigilants. Les tensions sur certaines matières premières se confirment. « Le cuivre a augmenté de 10% en 2025 et des tensions apparaissent sur les plastiques », souligne Franck Baron.

Pour y répondre, la filière s’organise. Au sein de la FIERE, créée en 2025, un volet réemploi et recyclage a été confié au Sycabel. L’objectif : structurer une boucle semi-fermée autour du cuivre, notamment avec les câbles déposés par Enedis.

Une industrie stratégique pour la souveraineté

Aujourd’hui, la production de câbles reste largement localisée en France. Elle représente environ 7 000 emplois et alimente un écosystème industriel dense. Si 55% de la production est exportée, les flux restent majoritairement européens, notamment vers le Royaume-Uni, l’Italie et l’Allemagne. « Favoriser les industriels européens, c’est garantir la sécurité d’approvisionnement et la souveraineté des réseaux », insiste Franck Baron.

Dans ce contexte, la concurrence asiatique reste un enjeu majeur. Une taxe carbone est attendue à horizon 2028, mais jugée tardive par les professionnels.

2026 : investir pour accompagner la transition

Enfin, 2026 s’annonce comme une année d’investissement. Près de 200 M€ doivent être engagés par les industriels français du câble et des matériels de raccordement pour accompagner l’électrification des réseaux. Les priorités sont claires : accompagner le développement des infrastructures haute tension, moderniser les outils industriels et former les compétences, notamment les ingénieurs. En parallèle, plusieurs marchés devraient soutenir l’activité. Le transport (ferroviaire et aéronautique), les câbles spéciaux et, dans une moindre mesure, le bâtiment, restent des relais de croissance.

En résumé, l’industrie du câble se repositionne. Moins tournée vers la fibre, davantage vers l’énergie. Avec, en ligne de mire, un enjeu majeur : accompagner la transformation des réseaux et la transition énergétique des territoires.