Des financements partiellement engagés
La Stratégie Nationale Hydrogène (SNH), lancée en 2020 avec un budget de 9 milliards d’euros, n’a fléché que 4,3 milliards cinq ans plus tard, dont 1,6 milliard à risque. Soit moins de la moitié de l’enveloppe initiale.
Le Mécanisme de soutien à la production (MSP) a démarré en 2025 avec 500 millions d’euros sur les 4 milliards prévus. 3,5 milliards restent à attribuer.
Une production qui peine à décoller
La France recense 91 projets de production d’hydrogène décarboné, représentant une capacité de 1 100 ktH₂/an à l’horizon 2035. L’électrolyse domine avec 90% des volumes projetés, le reste provenant du vaporeformage de biogaz et de la co-production chlore-soude.
En 2025, 50 MW de capacité d’électrolyse sont installés, 252 MW ont reçu une décision finale d’investissement (FID). La capacité atteindrait 300 MW en 2026. Mais le blocage persiste : sur 6,7 GW en projet, seuls 4% ont franchi la FID. Aucune nouvelle décision n’a été annoncée en 2025.
À l’international, les entreprises françaises affichent 80 MW installés et 280 MW ayant reçu une FID, démontrant leur dynamisme hors des frontières.
Des infrastructures en planification
Plus de 300 km d’hydrogénoducs existent, près de 2 400 km sont en projet. Les corridors HyFen et HySow relieront les zones de production aux hubs industriels et aux ports.
Le stockage souterrain complète le dispositif avec une capacité prévue de 21 ktH₂/an pour 2030, répartie sur quatre sites.
Mobilité : progression malgré les difficultés
La France compte 2 146 véhicules hydrogène fin 2025 (+20% sur un an) : 1 804 particuliers, 206 utilitaires légers, 76 bus, 39 autocars, 9 camions et 12 bennes à ordures.
Le réseau comprend 50 stations de plus de 50 kg/jour en service et 58 en projet. Des programmes régionaux comme Zero Emission Valley ou Corridor H2 renforcent le maillage.
À l’international, la Chine déploie 30 000 véhicules et 500 stations, tandis que le Japon et la Corée du Sud accélèrent leurs programmes.
Les marchés prioritaires
E-carburants : 9 projets d’e-kérosène (770 kt/an à 2035, nécessitant 440 ktH₂/an) et 7 projets d’e-méthanol (730 kt/an, mobilisant 150 ktH₂/an).
Raffinage : 5 projets visant 140 ktH₂/an à 2035.
Sidérurgie : 2 projets de réduction directe du fer représentant 2 Mt d’acier et 170 ktH₂/an.
Ammoniac : 4 projets pour 350 kt/an d’ammoniac et 58 ktH₂/an, essentiels pour les engrais azotés bas carbone.
L’urgence du passage à l’échelle
« L’année 2026 verra l’entrée en opération d’un électrolyseur de 200 MW, soit 10 fois plus grand qu’en 2025« , souligne Nicolas Brahy, président de France Hydrogène. « Dans un contexte international très concurrentiel, plus de 110 milliards d’euros déjà engagés dans le monde; la question n’est plus celle de la pertinence de l’hydrogène, mais de sa maîtrise technologique.«
Le message est clair : 2026 doit marquer le changement d’échelle. Les décisions prises aujourd’hui détermineront si la France consolide sa position ou perd du terrain face à la Chine et aux États-Unis.
