L’Île-de-France réussit un exploit paradoxal : première région contributrice à la valeur ajoutée industrielle française avec 17% du total national et 450 000 emplois, elle ne représente que 3% des émissions de gaz à effet de serre de l’industrie française. Cette performance exceptionnelle cache cependant une réalité plus complexe et des enjeux cruciaux pour concilier décarbonation et maintien de l’activité économique.
Une baisse spectaculaire portée par des fermetures
Entre 2015 et 2022, l’industrie francilienne a réduit ses émissions de GES de 47%, contre seulement 20% pour l’ensemble de l’industrie française. Un chiffre impressionnant, mais qui s’explique à 67% par les arrêts définitifs de production en 2022 de la raffinerie TotalEnergies et de l’usine LAT Nitrogen à Grandpuits, ainsi que de la cimenterie Calcia de Gargenville.
Jusqu’en 2019, les deux établissements de Grandpuits émettaient à eux seuls 1,35 million de tonnes de CO2, soit 35% des émissions totales de l’industrie francilienne. LAT Nitrogen figurait même parmi les 50 sites industriels français les plus émetteurs. Leur disparition a radicalement transformé la géographie des émissions régionales.
Cette baisse par fermeture pose une question fondamentale : comment poursuivre la décarbonation sans sacrifier l’activité et l’emploi industriel ?
Les 25 sites qui concentrent les enjeux
En 2024, l’Île-de-France compte encore 25 sites industriels soumis au marché carbone européen. Leurs émissions cumulées totalisent 573 000 tonnes de CO2, soit 44% des émissions de l’ensemble de l’industrie francilienne. Parvenir à concilier leur décarbonation avec le maintien de leur activité et de leur compétitivité constitue donc un enjeu crucial.
Ces sites appartiennent principalement à trois secteurs : les aciéries électriques (fours de réchauffage au gaz naturel à 1 100°C), l’industrie du verre (fours de fusion à 1 500°C) et l’industrie plâtrière (fours de cuisson et sécheurs). Leur première source d’émissions directes reste la combustion d’énergies fossiles, principalement du gaz naturel, pour la production de chaleur industrielle.
Des dispositifs régionaux d’accompagnement
Pour soutenir cette transition, la Région Île-de-France a créé en février 2025 le fonds Île-de-France Décarbonation, doté de 150 millions d’euros, à destination des PME et ETI. Ce fonds s’inscrit dans un plan régional de réindustrialisation décarbonée mobilisant 400 millions d’euros.
La Région et EDF ont également lancé le programme Ambition Territoires et Industrie Bas Carbone, amorcé sur Seine Aval et étendu à trois autres Territoires d’Industrie franciliens. Enfin, il ne faut pas oublier les 18 000 autres établissements industriels franciliens, majoritairement des TPE-PME, qui représentent collectivement plus de la moitié des émissions industrielles régionales et nécessitent un accompagnement spécifique.
